House of kids - resnik

Derrière House of Kids, se cachent Jean-René Etienne et Lola Raban-Oliva, les responsables image du label parisien Institubes. House of Kids expose “Dix filles difficiles” à la galerie 12 Mail à Paris.
Conversation en marge de cet événement, à Paris, en février 2010.

  • Mindless Boogie - Peel Speed (Skinny Joey Edit)
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  • Titre issu de la compilation, édition limitée à 300 exemplaires.

— D’où vient cette idée de “fille difficile” ? Faut-il y voir une forme d’expression artistique du trauma de certaines filles quant à leur relation au corps (anorexie, chirurgie esthétique…) ou, plus simplement, un regard esthétique sur une période adolescente difficile ?

Il faut imaginer qu’une révolution féministe a eu lieu au cœur des années 80. Tirant les leçons des échecs précédents, elle s’est formulée de manière discrète, pessimiste, ordinaire, dépersonnalisée. Elle n’a eu ni leaders (susceptibles de la trahir), ni manifestes (faciles à détourner), elle a su s’affranchir de tous les codes et réflexes de la contre-culture pour agir de façon subreptice, sans revendications, en disséminant ses enseignements par le biais de camps d’aguerrissement, en infiltrant des comités d’entreprise, etc. Nous prétendons retrouver les traces de ce mouvement, identifier certaines de ses figures et définir la fille qu’il a produite. La “fille difficile”, c’est la fille difficile à tuer. Ce n’est ni une capricieuse ni une petite délurée, pas plus une exigeante qu’une égoïste qui “sait ce qu’elle veut”, mais une créature souvent incompréhensible, généralement anachronique, rétive, réfractaire, pénible. L’un des personnages de l’un des textes (non lus) accompagnant l’exposition l’explique ainsi : “Laissez-moi vous dire le fond de ma pensée : on assiste, au cours du processus de civilisation, à la formation progressive de deux sphères distinctes de la vie humaine : l’une est un n’importe quoi de pornographie secrète, et l’autre un n’importe quoi de pornographie ouverte, publique, d’horreur publiée. Vous ne m’en voudrez pas de chercher une femme archaïque, ou une femme entièrement futuriste : je veux vivre avec un être humain qui n’aurait pas achevé sa mutation historique, ou qui l’aurait dépassée.
Coïncidence heureuse ; pour répondre à ta question, je vais consulter la définition de “difficile” dans le Trésor de la Langue française, et on y trouve cet exemple : “Je me suis promis, toute petite fille encore, que j’accomplirai une chose grande et difficile, que je me consacrerai à une de ces entreprises qui demandent une vie entière, que je ferai le sacrifice de ma vie, oui, que je donnerai toute ma vie à une œuvre de charité.
Duhamel, “Chronique des Pasquier, Le Combat contre les ombres”, p. 186 (1939).

House of kids

— Comment avez-vous travaillé sur la compilation qui accompagne cette exposition et sur les morceaux à textes ?

Les textes ont été écrits pour l’occasion, lus par deux amis et enregistrés par un troisième, le tout en une nuit. Les morceaux sont parmi nos préférés (comme celui d’Areski) ou évoquent le même type d’utopie synthétique que les textes.

— Dans l’expression “Commune des enfants”, il y a quelque chose de quasi-religieux, non ?

“Commune des enfants” est d’abord une traduction possible de “House of kids”. Y repérer des accents religieux est juste, mais il s’agit aussi bien d’aspects politiques ; l’expression nous évoque toutes sortes d’institutions éducatives, prosélytes ou propagandistes : colonies scolaires, camps de vacances, orphelinats, foyers, enfances ouvrières, scouts, jeannettes et louveteaux, jeunesses patriotes, catholiques, musicales ou hitlériennes, Flambeaux Claires-Flammes, clubs d’échecs ou de judo… Particulièrement ce groupe communiste appelé L’Avenir de la Jeune Fille, fondé en 1936 en région parisienne. Avec un peu de chance, nous arriverons à publier l’espèce de revue thématique qui devrait porter ce titre.

— Quelle est votre expérience la plus enrichissante de direction artistique pour le label Institubes ? Et la plus éprouvante ? Sur quoi d’autre travaillez-vous en ce moment ?

David Rubato - Circuit

Au-delà de l’anecdote, ce qui marche dans la direction artistique, c’est le travail sous contrainte, celles que nous dicte la musique et celles que nous nous imposons à chaque disque. Les formats sont limités, les choix souvent étroits ; nous devons produire ou faire produire une image qui fasse honneur à la musique, trace le portrait de l’artiste et se place avantageusement dans le goût de l’époque. La pochette de disque est une forme fixe admirable et nous essayons, depuis quelque temps, d’en apprendre le maniement. Ce qui ne marche pas ? Parmi lesdites contraintes, il y a celles du “cool”, qui forcent à l’épate au détriment de tout le reste. Le cool est une valeur vague et pernicieuse, elle impose sans imposer, elle autorise tous les arrangements, tous les moyens termes, et fait mine de “récalcitrer”, d’opter pour la marge, alors qu’elle cherche désespérément le consensus d’un petit sous-ensemble du grand public. De cet impératif procèdent des décisions bizarres, puisque le cool fonctionne en signalant à X qu’on s’adresse à lui (qui est cool) et surtout pas à Y (qui ne l’est pas). Il faut reprendre certains codes, en exclure d’autres, distiller l’air du temps, etc. Bref, produire du cool fait partie de notre travail, mais on s’en passerait bien. Hors Institubes, nous travaillons à l’image de la chanteuse Alizée, ce qui revient à tenter d’infléchir un mythe populaire français. C’est assez passionnant. L’avant-dernier morceau de son nouvel album, “Une Enfant du siècle”, s’appelle “Une Fille difficile”. Ce n’est pas de l’entrisme mais ce n’est pas anodin…

— Vous travaillez toujours sous forme de collectif, pourquoi ? D’où vient le nom House of Kids ?

On s’arrange simplement pour mutualiser les compétences. House of Kids est d’abord une traduction possible de “Commune des enfants”.

House of kids - vélos