The Drums, New York, dimanche 17 mai 2009, Festival Popfest.

New York, dimanche 17 mai 2009, dernière journée du mini festival Popfest, qui réunit chaque année une trentaine de groupes locaux et internationaux d'Indie Pop portant tous un amour démesuré aux productions Sarah Records et à la compilation C86 du NME. Salle mythique du Lower East Side, le Cake Shop accueille aujourd'hui pas moins de 12 groupes pour clore le festival. La centaine de personnes qui se bouscule dans sa cave exiguë et surchauffée n'est apparemment là que pour assister à une trop rare performance du duo suédois Suburban Kids With Biblical Names, tête d'affiche de la soirée.

Après six premiers groupes ne réussissant à susciter qu'un enthousiasme poli, c'est au tour d'un groupe que personne ne connait de monter sur scène. « Bonjour nous sommes The Drums, c'est notre premier concert » annonce le chanteur dans l'indifférence la plus totale. Mais le groupe commence à jouer, et dès les premiers arpèges de guitare, quelque chose se passe. Une mélodie inspirée de la surf music des années 60 menée tambour battant par une batterie anémique, deux choristes habillées à l'identique sorties tout droit du studio de Phil Spector, mais surtout cette voix aérienne, enjouée qui vient pourtant plomber l'ambiance « You were my best friend but then you died when I was 23 and you were 25, how will I survive? », comme si Morrissey s'était soudainement réincarné en adolescent bronzé élevé sous le soleil de Floride. En seulement sept titres et une petite vingtaine de minutes à peine, The Drums vient de faire une entrée remarquée sur la scène des groupes new yorkais amenés à enflammer la blogosphère.

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Des pop songs parfaites, jouées avec toute la fraicheur et sincérité d'adolescents révoltés, au romantisme à fleur de peau. Bien sûr les influences sont palpables: la fausse timidité du jeune Stuart Murdoch, le jeu de scène épileptique de Ian Curtis, les chœurs inspirés des Ronettes, les lignes claires d'arpèges à la Johnny Marr. Sauf qu'ici, ce cocktail improbable d'influences bigarrées puisées sur les i pods des petites amies d'un soir ne sonne pas faux, contrairement à tant de groupes tentant de surfer sur la vague de la hype. Jonathan Pierce et Jacob Graham, les deux piliers du groupe, amis depuis l'enfance, jouent ces chansons comme si leur vie en dépendait, avec l'innocence et la sincérité qui va avec et qui confère à leurs morceaux cette magnifique dualité qui caractérise les meilleures pop songs, des Smiths aux Field Mice: des chansons qu'on peut écouter d'une oreille distraite, mais qui peuvent également changer une vie, selon l'humeur du moment. Des chansons au romantisme exalté et à la mélancolie sous-jacente mais qui n'oublient jamais d'être furieusement entrainantes, car même si l'on est jeune et malheureux, on a quand même le droit de danser, même si l'on se réveillera seul le lendemain matin. 

Six mois à peine après ce premier concert, le nom du groupe est sur toutes les lèvres. Malgré la hype, malgré ce succès prévisible presque trop rapide, malgré les écoutes répétées, les 7 titres de l'EP « Summertime », sorti sur l'excellent label Moshi Moshi, ont gardé leur fraicheur et leur incandescent pouvoir d'évocation, grâce à leurs mélodies pop parfaites et des paroles révélant la bipolarité du couple de songwriters. « Nous écrivons deux types de chansons: des chansons sur le sentiment que l'on ressent quand on est sur une plage avec des amis au début de l'été et qu'on pense que ce monde nous appartient, et des chansons sur ce que l'on ressent quand on marche seul sous la pluie, en se disant qu'on sera seul toute notre vie ». Cette déclaration d'intention, qui ouvre d'ailleurs la biographie officielle du groupe, explique à elle seule le pourquoi du comment du succès du groupe. Pas la peine d'être un virtuose de la guitare, d'être titulaire d'une licence de littérature anglaise pour écrire des chansons qui parlent à tout à chacun, des chansons qui grattent là ou ca fait mal.

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Sous leur surface légère et joyeuse, les chansons de The Drums témoignent pourtant d'un profond mal être, attrayant comme pouvait l'être la lumière blanche du Velvet Underground, car on aime toujours gratter ses cicatrices pour se rappeler ce que souffrir veut dire, et car la tristesse n'est jamais plus belle que quand elle est exprimée sur des rythmes entrainants, le sourire à la bouche et les larmes aux yeux. Et à l'écoute de « Down By The Water » ou « Saddest Summer », on ne peut que remercier les filles qui ont un jour brisé le cœur de Jonathan Pierce et Jacob Graham, tant ces désillusions les ont poussé dans leurs derniers retranchements pour écrire ces titres hantés par la tristesse d'avoir perdu quelqu'un mais également illuminés par l'attente et l'espoir d'un prochain amour qui arrivera inéluctablement, un jour ou l'autre. 

Chaque année, des milliers d'adolescents mal dans leur peau découvrent avec stupeur l'œuvre des Smiths, et apprennent peu à peu à s'adapter, à se résigner aux aléas de la vie d'adulte. Ceux ci peuvent désormais compter sur The Drums.  

Adrien Rouget