12.01.10 Accueil › journal › entretien
Conversation avec Hedi Slimane à propos de The Drums, son dernier coup de cœur musical.
Image Hedi Slimane
— Pouvez vous nous présenter The Drums ?
Après quelques tentatives post-adolescentes, telles que Goat Explosion, The Drums est né en 2008 autour de deux amis d'enfance, Jonathan Pierce et Jacob Graham. Installés à Brooklyn, l'esprit des Drums est né en Floride où les premiers titres, tels que Best Friend, ont été composés. Jonathan trouve à NY le batteur Coono Hanwick, et le guitariste Adam Kessler. The Drums est musicalement une sorte de neo-wave empreinte des principes et repères de l’«americana». Leur musique est affective, mélancolique et addictive; leur énergie sur scène est très rafraichissante et communicative. Il faut les voir à Paris en février ! Je regrette qu'ils ne jouent pas à la Cigale. Rien ne ressemble aux Drums, aujourd'hui.
— Quand et comment les avez vous découverts ?
Je les ai rencontrés cet automne à Los Angeles, où nous nous sommes liés d'amitié. J'écoutais certains titres en boucle, mais ne les avais jamais vus sur scène. C'est donc à Spaceland, une petite salle, que je les ai vus la première fois. Je les ai photographiés à plusieurs reprises. J'ai ensuite fait un projet avec eux sur mon site.
— Vous dénichez beaucoup de nouveaux talents, qu’est-ce qui excite encore votre curiosité ?
A vrai dire, tout potentiellement. Mais parmi ceux que j'ai trouvé, certains m'ont d'avantage porté. C'est le cas au tout début des Drums. Je n'ai du reste jamais le réflexe de penser que tout était mieux avant, bien au contraire. Je ne cherche pas non plus à découvrir qui que ce soit, cela arrive le plus souvent par hasard, et repose en général sur une amitié. Depuis plusieurs années, j'ai aussi développé un projet nommé Rock Diary, avec mon ami Alex Needham, alors rock critique au NME, et aujourd'hui au Guardian.
— Etes vous particulièrement sensible au moment où un groupe est en train de naître ? Pourquoi ?
Pas seulement pour la musique, du reste. Il y a dans ce qui créativement émerge, une maladresse et une énergie sans retenue. Pas de doutes, rien à perdre, pas de comptes à rendre, en général pour les groupes, aucun label, etc. Juste la musique. Il y a aussi tous ceux qui ne donnent jamais la première chance, mais qui se ruent sur toute validation potentielle.
— Jacques Audiard dit qu’il n’y a rien de plus difficile à filmer, à photographier que le rock (ou le sexe) parce le risque est grand de sonner faux… Qu’en pensez vous ?
C'est d'autant plus vrai après quelques années. A vrai dire, ça sonne faux quand les groupes sont dans la pause, ou l'appropriation. Les vrais talents ne sonnent jamais faux. C'est aussi vrai des photographes.
— Au-delà de votre approche photographique aimeriez vous explorer d’autres types de collaborations, avec The Drums ou d’autres groupes ?
Avec The Drums sans doute, parce que nos deux univers sont assez proches. Il m'arrive aussi parfois d'être commissionné, mais alors on quitte l'affectif et cela devient strictement professionnel. Cela dit s'il n'y a pas une vague évidence, en général je m'abstiens.
— Vous avez révolutionné la mode homme, pensez vous qu’il y ait quelque chose à réinventer dans la scène rock ?
Il y a toujours quelque chose à réinventer. Le passé est intégré, parfois cité, mais l'époque change invariablement, c'est une affaire de génération. La question est surtout de savoir la justesse d'un propos créatif, quel qu'il soit à un moment donné. Evidemment, sur le moment il ne s'agit pas de se poser de questions. Finalement pour un groupe, comme pour le reste, les autres décident pour vous.
— Si vous aviez un groupe comment l’appelleriez vous ?
Sur le moment aucune idée, mais il m'arrive souvent de m'arrêter sur un mot et de penser que ce serait idéal pour un groupe. J'imagine par extension que j'aurais dû m'investir plus concrètement avec les maisons de disques. Mais en même temps tout en ce qui me concerne procède du plaisir, presque comme un fan finalement. J'ai juste besoin de musique quotidiennement.
— Quels sont vos titres préférés en ce moment ?
A vrai dire ils sont sur mon site. ‘Best Friends’ des Drums n’y est pas, mais il en fait sans aucun doute partie - ainsi que tous les autres titres, du reste. J'aime beaucoup ‘Dead Disco Dancer’ d'O Children, un jeune groupe londonien que j'avais présenté il y a quelque temps.
Paris, décembre 2009.