19.12.11 Accueil › journal › effets personnels
Lucas Ossendrijver
Lucas Ossendrijver, effets personnels
Lucas Ossendrijver nous a donné rendez-vous près de la place de la Concorde dans ses nouveaux bureaux de Lanvin. Le styliste néerlandais, après avoir œuvré pour Kenzo, Kostas Murkudis et Dior, pose sa griffe depuis 2005 sur la ligne homme de l’illustre maison de mode parisienne.
Rendez-vous est donc pris rue Boissy d’Anglois. Après avoir traversé un impressionnant dédale de portants chargés de vêtements, nous accédons à un vaste étage calme et lumineux, où deux bancs d'église disposés à l'entrée rappellent non sans humour au béotien qu'ici l'on quitte l'univers profane des apparences pour pénétrer dans le Saint des Saints. La pièce où nous attend Lucas O. est dépouillée, les murs nus, les étagères quasi vides. Le créateur se tient près d'une longue table vitrée où est disposé son choix d’effets personnels".
Le premier objet qu'il nous présente est un livre de photographies de Collier Schorr. Inspiré par la démarche artistique du peintre américain Andrew Wyeth (qui, pendant 15 ans, multiplia études et dessins de sa voisine Helga Testorf, à l’insu de cette dernière), le livre de Collier Schorr saisit au fil du temps les diverses métamorphoses d’un jeune homme prénommé Jens F. Ce livre protéiforme, mêlant collages, montages et annotations manuscrites, est le journal photographique d’un désir. Lucas Ossendrijver nous fait part de sa fascination pour le corps et ses ambiguïtés : androgynie, transformation physique de l'enfant à l'homme. On devine que le regard du photographe sur son sujet rejoint celui du styliste sur les modèles - le Modèle idéal - pour lesquels il conçoit ses vêtements : un corps qui ne soit pas arrêté, qui fut un corps d'enfant et sera un corps d'adulte, qui est un corps d'homme mais pourrait être un corps de femme.
Jens F. par Collier Schorr
Autre livre de photographie, Pony Kids de Perry Ogden, plus traditionnel dans sa forme, présente une saisissante série de portraits en noir et blanc d’enfants et d’adolescents irlandais issus de quartiers très pauvres qui élèvent avec ferveur des poneys. Ces photos qui délivrent une émotion brute et donnent l’image d’une jeunesse rebelle et sauvage amènent Lucas O. au fil de la conversation à évoquer sa propre enfance environnée de chevaux qu’élevait sa famille et qui étaient pour lui une source d’effroi.
Si les deux livres évoqués plus haut ont été découverts par Lucas O. au gré de flâneries dans les librairies (il aime selon ses dires à ainsi pouvoir se "promener dans sa tête"), ce sont des amis proches qui lui ont offert les deux objets suivants.
Le premier est une photographie d'identité judiciaire, dont lui a fait don un historien d'art, son plus proche ami. Le second est une maquette du stand réalisé par le musicien et l’artiste Loris Gréaud pour la Frieze Art Fair de 2006. Les deux objets encadrés sont, en temps normal, accrochés dans l'appartement de Lucas; chargés d’une valeur sentimentale, ces objets offerts par des amis chers sont autant d’invitations à la rêverie. Le premier évoque une vie en marge, accidentée. De cette figure anonyme ne reste qu’un document judiciaire dont le cadre ouvre de manière paradoxale sur une ligne de fuite : Quelle a pu être l'histoire de ce jeune délinquant ? Quelle fut sa vie ? Quel délit a-t-il pu commettre ? Le deuxième objet a pour légende une citation d’Alice au pays des merveilles : 'Why is a raven like a writing desk ?'. Il s’agit de l'énigme posée à Alice par le chapelier fou, énigme sans réponse, énigme éternelle de l’étonnement de l’enfance devant le monde des adultes.
Power, Corruption and Lies, New Order
Deux livres, deux pièces encadrées et enfin deux vinyles pour finir ce portrait artistique et intime que Lucas nous invite à dresser de lui. Le premier est un album de « 808 state » sorti en 1991, album grâce auquel Lucas O. a découvert la musique électronique, son autre passion. Le second est le fameux Power, Corruption & Lies de New Order. Si la musique du groupe mancunien est importante pour Lucas, la fameuse pochette du disque réalisée par Peter Saville, l'est tout autant, référence d'art graphique auquel le styliste de Lanvin reste attaché. Ces deux albums découverts alors qu’il commençait ses études de Beaux-Arts à Arnhem ont, d’une certaine manière, accompagné les « métamorphoses » du jeune homme en Créateur.

